Le contexte de l’œuvre – La ville de Milan et la famille Sforza

Analyse de l'oeuvre 0 179
La ciudad de Milán y los Sforza

Pendant la seconde moitié du quattrocento (XVème siècle – la Première Renaissance), la ville de Milan a subi une grande transformation grâce à l’impulsion des Sforza. De nouvelles églises se sont levées entre les canaux de navigation (Navigli) qui composent principalement son urbanisme, et qui ont été décorées avec des fresques fidèles aux préceptes de la Renaissance. Les deux exemples les plus caractéristiques de ce changement on les retrouve particulièrement dans les églises de San Pietro in Gessate et Santa Maria delle Grazie.

Dans cette rubrique, nous allons vous offrir un aperçu intéressant de la ville à cette époque-là et du contexte historique et social dans lequel Léonard De Vinci a réalisé cette création, la Cène.

La famille Sforza et la ville de Milan

Cette famille a été fondée par Muzio Attendolo, surnommé sforza (force) par le condottiere Alberico da Barbiano, un surnom qui fut conservé et qui devint le nom de sa lignée. La dynastie est liée entre autres à la notoriété ayant acquis son petit-fils, Ludovic le More après le célèbre tableau de Léonard De Vinci.

Les condottieres des Sforza étaient au service de Milan depuis le milieu du XVème siècle, Francesco I Sforza, le père de Ludovic Maria Sforza, commandait les troupes de Milan depuis 1431. Le 24 octobre 1441, il épousa Bianca Maria Visconti, la fille illégitime de Filippo Maria, duc de Milan. Le duc meurt en 1447, malgré les nombreux prétendants, Francesco devient à son tour le titre de Duc de Milan en 1450. Sous son règne, il atteint un rôle principal au-delà de ses frontières.

Après la mort de Francesco I Sforza, son fils aîné le succède, Galeazzo Maria Sforza, qui fut un mécène et un grand protecteur dans le domaine de la musique. Mais le duché traversait de sérieux problèmes, tant au niveau politique que social, qui ont conduit à son assassinat le 26 décembre de 1476. Le titre est repris par Gian Galeazzo Sforza, âgé seulement de sept ans. Son oncle Ludovic n’a pas accepté la régence de Bonne de Savoie, mère de Gian Galeazzo, donc durant toutes ces années, le gouvernement a vécu une période d’affrontements et de luttes pour le pouvoir, jusqu’à ce qu’il obtienne le gouvernement du duché en 1494.

Après la mort de Gian Galeazzo, le titre du Duc de Milan est conféré à Ludovic, le deuxième fils de Francesco I Sforza. Le surnom « le More » vient du fait qu’il avait un teint basané et des cheveux foncés. Au cours de son mandat la vie culturelle, sociale et politique de la ville acquièrent un important pouvoir.

L’accession au trône en France de Louis XII, succédant à Charles VII, bouleverse la politique extérieure du duché. Louis XII entreprend alors la récupération du duché de Milan, avec le soutien de la Sérénissime République de Venise et du Pape Alexandre VI, et il attaqua à Ludovic qui est capturé par les français à Novare le 10 avril 1500. L’arrivée des français implique la perte de l’indépendance pour Milan, qui sera sous la domination étrangère pendant plus de 350 ans. Ludovic est conduit en France et ensuite emprisonné dans le château de Loches, où il meurt en prison en 1508.

Le contexte de l’œuvre

Vers le milieu du XVème siècle, les ordres monastiques vivaient dans une période de crise spirituelle, qui a abouti dans une profonde rénovation religieuse et conceptuelle. L’une des rares communautés religieuses qui ont échappé à ce moment de régénération, fut l’Ordre des Frères Prêcheurs, ayant réussi à fonder de nouveaux couvents, comme celui de Santa Maria delle Grazie, où se trouve précisément dans le réfectoire La Cène de Léonard De Vinci.

L’idée de fonder un couvent à Milan date de 1459, lorsqu’une congrégation dominicaine a demandé au vicaire de Saint Apollinaire qu’un espace soit construit dans le duché pour les frères de l’ordre, afin d’y prêcher et évangéliser la population.

Un an plus tard, le commandant en chef des Sforza, Gaspard Vimercati, fait don à l’ordre dominicaine de quelques terres comprenant une chapelle sous le vocable de Santa Maria delle Grazie. Le 10 septembre 1463, l’archevêque Nardini pose la première pierre du convent. Seulement deux ans après, l’invocation de cette chapelle détermine que le couvent est consacré à l’emblème de Sainte Marie des Grâce.

À la même époque, l’ordre dominicain demanda à l’architecte Guiniforte Solari de construire une église pour leur couvent, dans lequel ce projet a reçu la protection y le soutien des Sforza et des Visconti en raison de la proximité du château de Ludovic le More.

Ensuite quelques années après, Ludovic Sforza ordonna à Donato Bramante de transformer l’église et d’installer un mausolée pour lui et son épouse Béatrice d’Este. C’est précisément dans ce contexte de rénovation où Léonardo De Vinci, à la demande de Ludovic, a décoré le réfectoire du couvant avec le thème de la Cène.

Attractions liées aux Sforza

À l’époque de la Renaissance, les Sforza, comme de nombreuses autres familles nobles et européennes, se sont appuyés sur l’art et les artistes pour montrer toute la richesse de leur cour. Léonard de Vinci est ainsi devenu un mécène de génie et a créé l’un des plus célèbres monuments de la famille Sforza :

– Le Cheval des Sforza est une statue équestre qui se trouve sur la place précédant l’hippodrome de Milan. On la connaît aussi sous le nom de Cheval de Léonard. Comme nous l’avons dit, elle a été créée pour Francesco Sforza par le grand maître Léonard de Vinci. Il voulait réaliser la plus grande statue équestre qui ait jamais été faite mais n’a malheureusement pas pu la terminer. La statue de bronze actuelle au milieu de la place est l’œuvre de Nina Akamu. Les croquis du projet initial de Léonard de Vinci sont conservés au Château Windsor.

– Le Château des Sforza est une forteresse construite au XVème siècle sous les ordres du duc de Milan, Francesco Sforza. Elle a été bâtie sur les restes d’une ancienne fortification datant de l’époque romaine. De cette première reconstruction de la Renaissance, il ne reste plus que la « Ghirlanda », une structure quadrangulaire couronnée de quatre tours marquant les quatre points cardinaux. C’est cependant la tour centrale, Filarete, qui attire tous les regards en raison de sa hauteur et de sa beauté. On la doit à l’architecte Luca Beltrani.

L’extérieur et l’intérieur du Château des Sforza sont ouverts au public. Il abrite l’un des musées les plus importants de la ville, qui contient des œuvres comme La Pietà Rondanini de Michel-Ange.

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